Un triste anniversaire, 55 ans déjà

Mes yeux viennent de tomber sur cette vieille coupure de « France-Soir » datée du 19 juillet 1961. La voici dans toute sa sécheresse :

Embuscade d'Elmia 13jul61

« Près d’El Milia » … Le convoi fut attaqué dans la montagne : 20 militaires tués » « Black-out total des autorités militaires sur l’embuscade qui a coûté 20 morts à un convoi français attaqué par un fort groupe rebelle, le 13 juillet 1961, à 15 kms au nord-ouest d’El Milia dans les djebels boisés du Nord-Constantinois. C’est l’accrochage le plus meurtrier des deux derniers mois depuis qu’a été proclamée, le 20 mai, la trêve unilatérale. Depuis plus d’un mois, aucun bilan d’activité opérationnelle du côté de l’Armée française ou du côté rebelle, n’a été publié. Des renseignements parvenus à Alger, de source privée, semblent indiquer que le convoi français a été attaqué par surprise au détour d’une route de montagne par une formation rebelle qui guettait leur passage. » 

Ce matin d’été, j’étais sous-officier de semaine, le soleil se levait à peine derrière les pitons qui surplombaient le poste de Beni-Bel-Aid et je laissais sortir ce petit convoi qui devait assurer la liaison avec le PC Bataillon. C’est finalement, au dernier moment, la veille que le capitaine Buffe a décidé de laisser mon groupe au repos, alors que nous étions prévus pour l’accompagner.  « le hasard c’est peut-être le pseudonyme de Dieu quand il ne veut pas signer ».

Toujours est-il que je suis là, vivant ce jour, pour rappeler le souvenir de ces camarades qui sont tous morts ce 13 juillet. Je les revois grimper dans le GMC ou la jeep, encore engourdis de sommeil. Un quart d’heure plus tard, une intense fusillade vient de se déclencher, crépitements d’armes automatiques, éclatements de grenades indiquent qu’un gros accrochage vient de se produire. Je passe sur les détails qui m’ont fait me disputer avec le lieutenant hésitant à foncer sur les lieux pour tenter de sauver nos camarades. Plus tard, à force de tergiverser, quand nous arrivons enfin sur les lieux, ce n’était plus que l’épilogue d’un massacre.

Le spectacle que nous découvrons dépasse en horreur tout ce que nous aurions pu imaginer. Une grande partie de la section est étendue sur le sol, disséminée de chaque côté de la piste. D’autres, encore dans le camion n’ont pu sauter à temps et ont été exterminés à l’intérieur. Du sang suinte à travers les ridelles et ruisselle jusqu’au sol en longues rigoles sombres. Beaucoup sont dénudés et affreusement mutilés. Tous sont désarmés, les brelages découpés à la hâte. On devine la précipitation des fellagas à achever cette sale besogne. Images atroces de blessures indescriptibles, de cranes défoncés à coup de crosse ou d’éclats de grenades d’où s’échappent des bouts de cervelle. Il faut s’écarter pour ne pas mettre les pieds sur ces chairs.

En pleine chaleur de l’été, les vingt cadavres sont empilés dans un half-track. Trous béants, plaies horribles dans des corps que les infirmiers seront obligés de bourrer de chiffon pour les rendre présentables. Le lendemain 14 juillet, Fête Nationale. Prise d’armes sur la piste d’aviation d’El Milia. Sous un soleil de plomb les cercueils sont alignés. L’odeur est à peine supportable. C’était la 1ére Compagnie du 23ème Régiment d’Infanterie, un régiment composé d’appelés du contingent. Je venais d’être muté disciplinairement avec 15 de mes paras par de Gaulle suite à la rébellion de mon régiment qui avait participé au putsch.

Insigne_du_14°_RCP23RI

C’est ainsi que j’ai connu deux armées. Cette opportunité assez rare d’avoir vécu au plus près le quotidien d’une troupe d’élite et celui d’une troupe ordinaire de la République m’aura définitivement convaincu que,  là où la masse est laissée à elle-même, règne le plus grand désordre et la plus parfaite impuissance et que, là où la société s’élitise règne une redoutable efficacité. Ces 20 soldats, mal commandés, mal formés, n’auraient jamais dû se faire tuer ainsi comme des chiens pour une guerre qui était déjà morte dans l’esprit de « Super Résistant »

Belisaire

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Auteur : Lou Roumegaire

Patriotes de Millau et du Sud Aveyron. Si vous désirez vous informer sur notre groupe et notre action locale n'hésitez pas à nous contacter par email.

3 réflexions sur « Un triste anniversaire, 55 ans déjà »

  1. C’est un peu par hasard que je lis cet article anonyme. Ces 20 soldats n’étaient certainement ni mal commandés, ni mal formés par leur capitaine dont vous citez le nom et qui apparemment était à leur tête. Ils étaient là depuis des années à pacifier une région comme vous. Bien sûr vous veniez d’une troupe d’élite, de carrière. Mais ils étaient là pour la France, eux aussi. Les appelés de l’époque n’étaient pas tous des planqués attendant la quille… Ils n’auraient jamais dû se faire tuer ainsi comme des chiens évidemment. Mais ce serait bien d’avoir un peu de respect pour ceux qui se sont fait tuer et sont morts « pour la France » qui avait signé une trêve unilatérale… non respectée apparemment. Mais peut-être vous êtes vous mal exprimé en fustigeant des hommes qui étaient eux-aussi là pour faire leur devoir avec sur chef.

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    1. Je n’avais pas vu que c’était un site du FN. L’intérêt était donc de glorifier les troupes d’élites (sans doute putschistes) au détriment des autres. D’ailleurs il n’y a pas eu de réponse! Facile de rouler les mécaniques au bistrot du coin….

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      1. Pour répondre à PH , je me contenterai de lui dire que mon ancien régiment le 14 RCP était trés majoritairement composé d’appelés du contingent et comble de l’ironie était considéré comme un régiment gaulliste… Quand nous avons été dissous aprés notre participation au putsch, trois semaines après un gros accrochage dans les Aurés au Chabet el Kebir où nous avons perdu 7 morts et 22 blessés, mon groupe composé de 15 paras tous appelés, a été muté au 23 éme RI. Je confirme que ce régiment nous a paru immédiatement comme un régiment « merdique » où les types se trainaient dans des allures négligées, dans une indiscipline incroyable, que l’encadrement était nul et même d’un niveau au-dessous du moins gradé de mes gaziers, au point de donner des ordres dangereux pour tous, que les gars restaient cantonnés dans les limites du poste sans sortir des barbelés, que les fells passaient sans probléme sous le poste, la nuit sans être inquiétés; l’ennui était tel que le deuxiéme jour nous avons assisté au suicide d’un pauvre gars. Le capitaine, je le reconnais, a manifesté son contentement lorsqu’il a vu cette demi section se présenter, tous volontaires pour le crapahut à la chasse aux fells, et permettre d’élargir notre terrain de pacification. J’ai toujours gardé de l’admiration pour les appelés et je considére que, comme Bigeard, c’est un bon encadrement qui fait le bon soldat. Je dois ajouter que j’ai vu des engagés se comporter lamentablement dans les accrochages, à la différence de certains appelés, que je pensais médiocres militaires et qui s’avéraient d’un courage exemplaire au feu. Je persiste dans mes opinions, ayant vécu cette triste expérience de deux armées tellement différentes l’une de l’autre. L’esprit de corps, voilà où se trouve la recette. Pour mettre fin à une croyance fausse … Les paras ne se battaient pas pour la France mais ils se battaient pour un symbole qui n’avait pas de prix : le beret rouge. Image de tradition d’honneur qui vous transcende au-delà de la peur. C’est peu de chose à notre époque et c’est cela qui étonne beaucoup de pékins. C’est un monde à part et je m’arrête là, car je serais trop ennuyeux sur ce sujet.

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